Ce que l’on ajoute au dernier moment compte souvent le plus
Au Japon, un plat ne se limite jamais à sa recette principale. Ce sont souvent les détails, ajoutés au dernier moment, qui en révèlent toute la profondeur.
Ces détails portent un nom : yakumi(薬味).
Un peu de gingembre fraîchement râpé, quelques rondelles de ciboule, une pointe de wasabi ou quelques copeaux de bonite séchée… Ces petits ajouts ne sont pas là pour masquer un goût, mais pour équilibrer, réveiller et respecter la saison. Discrets en apparence, ils transforment pourtant un plat simple en une expérience plus juste, plus précise, profondément japonaise.
Yakumi(薬味): une origine liée au goût et au corps
Le mot yakumi est composé de deux caractères japonais : 薬 (yaku), le remède, ce qui agit sur le corps, et 味 (mi), la saveur, mais aussi l’effet produit par cette saveur.
À l’origine, ce terme est lié à la pensée issue de la médecine chinoise ancienne, dans laquelle le goût n’est jamais neutre. Chaque saveur — sucrée, amère, acide, salée ou piquante — est associée à une action sur le corps : réchauffer, rafraîchir, stimuler, faciliter la digestion.
Dans ce contexte, yakumi ne désigne pas un assaisonnement décoratif, mais des ingrédients utilisés pour leur action autant que pour leur goût. La frontière entre aliment et remède n’est alors pas clairement définie.
De la médecine à la cuisine japonaise
Avec le temps, ces ingrédients quittent le cadre strictement médical pour entrer dans la cuisine quotidienne. Mais au Japon, cette transition se fait d’une manière particulière. Le gingembre, le wasabi ou la ciboule ne deviennent pas des épices principales intégrées massivement à la cuisson. Ils conservent une place spécifique : utilisés en petite quantité, comme éléments secondaires, pour ajuster un plat et non le transformer.
C’est ainsi que yakumi devient un terme culinaire à part entière, désignant une fonction plutôt qu’un type d’ingrédient.
Une notion qui se fixe dans l’histoire culinaire japonaise
Dès le Moyen Âge, des ingrédients comme le gingembre, le yuzu ou certaines herbes sont utilisés pour parfumer les plats et en améliorer la digestion. À l’époque d’Edo (XVIIe–XIXe siècle), avec la diffusion de plats aujourd’hui emblématiques — nouilles, poisson cru, plats de viande sautée — l’usage des yakumi se généralise.
Le wasabi s’impose avec le poisson cru, la ciboule et le gingembre accompagnent les plats chauds, les copeaux de bonite séchée (katsuobushi) trouvent leur place sur des préparations très simples. À partir de cette période, yakumi n’est plus perçu comme un remède, mais comme un élément indispensable à l’équilibre du plat.
Cru ou cuit : une fausse opposition
On associe souvent le yakumi à une utilisation sans cuisson, ajoutée juste avant de manger — par exemple sur un tofu froid (hiyayakko). Cet usage est très courant, mais il ne résume pas toute la notion.
Dans un plat comme le porc sauté au gingembre (豚の生姜焼き), le gingembre est utilisé pendant la cuisson. Il reste pourtant un yakumi : il est ajouté en quantité mesurée, n’est pas l’ingrédient principal et sert à équilibrer et alléger un plat riche. Ce qui définit un yakumi n’est donc pas l’absence de cuisson, mais sa fonction d’ajustement.

Les yakumi les plus courants et leur usage
Gingembre (生姜)
Cru et râpé, il est ajouté au dernier moment sur un tofu froid, des nouilles ou une soupe claire. Intégré à la cuisson, il équilibre des plats riches comme le porc ou certains poissons. Il réchauffe, rafraîchit et allège sans dominer.
Wasabi
Râpé finement et ajouté juste avant de manger, notamment avec le poisson cru. Il apporte une piqûre brève, nettoie le palais et souligne la fraîcheur des ingrédients.
Ciboule / oignon nouveau (ねぎ)
Finement émincée, elle est parsemée sur des plats chauds ou froids. Elle apporte fraîcheur, légèreté et contraste.
Katsuobushi (鰹節), utilisé comme yakumi
En copeaux très fins ajoutés au moment de servir. Il apporte de l’umami et de la profondeur, tant qu’il reste un complément et non la base du plat.
Shiso (大葉)
Utilisé cru, entier ou finement ciselé. Il rafraîchit, parfume et clarifie les saveurs.
Le rôle de la découpe dans l’utilisation des yakumi
Dans la cuisine japonaise, le yakumi ne se définit pas seulement par l’ingrédient choisi, mais aussi par la manière dont il est préparé. La découpe influence directement l’intensité du parfum, la sensation en bouche et la rapidité avec laquelle la saveur se libère. Un même ingrédient peut ainsi jouer des rôles très différents selon qu’il est râpé, émincé ou simplement ciselé.
Le gingembre, râpé finement (oroshi shōga), offre une saveur vive et immédiate, idéale en touche finale. Émincé ou en fine julienne, il agit de manière plus douce et diffuse, adaptée à la cuisson. Le wasabi est toujours râpé très finement, juste avant de servir, pour conserver une saveur brève et nette. La ciboule doit être finement émincée afin de rester légère. Le katsuobushi est utilisé en copeaux très fins, qui fondent sur le plat sans devenir un ingrédient central. Le shiso est ciselé en fines lanières ou utilisé entier, de façon à libérer son parfum sans l’écraser.
À vous de trouver votre façon d’utiliser le yakumi
Il n’existe pas une seule manière d’utiliser le yakumi. Selon les plats, la saison, les ingrédients disponibles ou vos habitudes, le geste, la quantité et la découpe peuvent varier. C’est aussi ce qui fait la richesse de la cuisine japonaise : elle laisse une grande place à l’ajustement, à l’observation et à l’expérience personnelle.
Si vous souhaitez aller plus loin — découvrir les produits, apprendre à les utiliser au quotidien ou explorer d’autres pistes autour du yakumi — vous pouvez parcourir les contenus du site IMA ou nous contacter directement. Nous serons ravis d’échanger avec vous.
Sources et références
JETRO – Yakumi: Condiments with a Healthy Twist
農畜産業振興機構(ALIC)「薬味の役割と食文化」
素材力「“薬味”は“薬”?」
金印わさび「わさびの歴史」
『神農本草経』中国古代医学書